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La Commission
Léonine ou Collège des éditeurs des uvres
de saint Thomas d'Aquin réunit un groupe de chercheurs chargés
de l'édition critique des uvres complètes de
Thomas d'Aquin (1225 c. - 1274).
Dans le cadre du débat philosophique de la fin du XIXe siècle,
le projet de procurer aux savants une nouvelle collection complète
des uvres de ce penseur a été formé parmi
les Frères prêcheurs ; mais ceux-ci n'avaient pas les
moyens de l'entreprendre. Ce fut donc le pape Léon XIII qui,
en 1879, décida de la publication et la finança. En
son honneur, les Frères prêcheurs donnèrent
à l'édition le nom de "léonine" (9
novembre 1879).
Depuis 1879, trente-huit tomes de la collection ont paru et il en
reste au moins autant à publier. Évidemment, d'un
volume à l'autre, la qualité scientifique de l'édition
diffère, mais chaque tome présente un intérêt
capital pour l'histoire de la méthode de l'édition
critique. La lecture des introductions permet de suivre l'évolution
de la critique textuelle et de mesurer la contribution décisive
apportée dans ce domaine par la Commission Léonine.
Le but d'une édition critique apparaît évident
dès que l'on considère comment, au Moyen Âge,
les ouvrages scientifiques étaient publiés et diffusés.
Avant l'invention de l'imprimerie, la transmission du savoir se
faisait en général oralement ou par des copies manuscrites.
Au Moyen Âge, couvrir de mots, souvent abrégés,
deux faces d'une feuille de parchemin, requérait des scribes
environ une journée entière de travail, ce qui explique,
en partie, le coût élevé des ouvrages ainsi
confectionnés. Une telle méthode de reproduction entraînait
des fautes de copie, souvent mal corrigées. Il devenait alors
parfois difficile d'avoir accès à la pensée
de l'auteur, d'autant plus que l'on distinguait rarement les rédactions
successives d'un même texte.
Pour accéder au texte authentique des ouvrages reproduits
par ce procédé, il faut aujourd'hui étudier
les manuscrits conservés et éditer l'ouvrage qu'ils
transmettent, selon des critères scientifiques qui contribuent
aussi à replacer ces ouvrages dans leur contexte culturel.
Les chercheurs qui travaillent à la Commission Léonine
lisent et relisent donc les signes tracés, il y a cinq, six
ou sept siècles, par les scribes des ouvrages de Thomas d'Aquin,
afin de publier un texte qui soit le plus proche possible de l'original
: en un certain sens, ils continuent ainsi le métier de "
scribe ".
Si ce travail se faisait isolément, le risque serait grand
que les difficultés rencontrées bloquent le progrès
de la recherche ; il est donc nécessaire de travailler en
équipe : le nom de " Collège des éditeurs
des uvres de Saint Thomas d'Aquin " souligne cet aspect
de la méthode.
L'instrument de travail le plus important de la Commission Léonine
est certainement son fonds de manuscrits reproduits sur microformes
: environ cinq cent mille photographies, qui constituent le trésor
de la bibliothèque. Celle-ci conserve aussi un fonds d'environ
dix-huit mille volumes, qui servent plus directement à l'établissement
de l'édition critique.
Installé dans le siège de la Commission Léonine,
au 43 ter de la rue de la Glacière, Paris XIIIe, cet ensemble
d'instruments de travail s'intègre bien aux propositions
du Saulchoir.
En plus de la participation à l'animation de cet ensemble
culturel, la Commission Léonine a instauré des contacts
privilégiés avec des institutions scientifiques, notamment
avec l'Institut de recherche et d'histoire des textes et avec le
Centre Pierre Abélard (Paris IV - Sorbonne).
Actuellement, la Commission Léonine est totalement à
la charge de l'Ordre des frères prêcheurs. Il s'agit
d'assurer les frais annuels de fonctionnement et surtout d'entretenir
les chercheurs.
Les uvres de Thomas d'Aquin sont une référence
obligée dans le développement de l'histoire de la
pensée occidentale, et d'autres traditions culturelles manifestent
aussi un vif intérêt à son égard. La
grande considération que plusieurs institutions laïques
(universités, centres de recherche, grandes écoles),
dans différents pays, accordent à l'édition
Léonine est garante de la valeur et de l'utilité du
travail accompli par la Commission. Cette institution, en raison
des exigences mêmes de son travail, a toujours pratiqué
la recherche d'une façon interdisciplinaire, et cela constitue
aujourd'hui une grande richesse et la meilleure condition pour de
nouvelles collaborations scientifiques.
Il est évident que les premiers destinataires de l'édition
critique des uvres de Thomas d'Aquin sont les chercheurs universitaires
ou les spécialistes. Mais ces volumes en grand format, publiés
en latin, sont de plus en plus souvent traduits dans les langues
modernes, permettant ainsi à un large public de profiter
plus directement des écrits de cet auteur qui, peut-être
encore aujourd'hui, est plus connu à travers ses disciples
que par ses propres écrits.
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