Portrait
du Père Lacordaire
par Janmot, 1847.
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L'Ordre
des frères Prêcheurs, fondé par S. Dominique, fut confirmé
en 1216 par le pape Honorius III. Consacré à la prédication
de la Parole de Dieu, cet ordre a pour mission d'approfondir les expressions
de la foi chrétienne dans un dialogue continu avec les autres pensées
religieuses et philosophiques. Dès le XIIIe siècle, les frères
Albert le Grand et Thomas d'Aquin ont enseigné la théologie
à l'Université de Paris. L'entrée d'Aristote dans les
programmes d'études provoquait alors une ouverture des mentalités
dans la vie intellectuelle et ouvrait de nouveaux domaines de recherche.
Il fallait des livres pour travailler, et dès le début, les
couvents de l'Ordre portèrent une grande attention aux bibliothèques
qui devaient couvrir tout le champ de la recherche scientifique.
À Paris, les riches bibliothèques des trois couvents dominicains
(Saint-Jacques, dans le quartier latin, Saint-Dominique, sur le Faubourg
Saint-Germain, l'Annonciation) alimentaient le travail théologique
et les publications des frères. La Révolution française
mit fin à ces activités, comme les autres congrégations
religieuses, l'Ordre dominicain fut interdit en France et les livres des
bibliothèques, confisqués et versés aux dépots
littéraires, vinrent enrichir la Bibliothèque Nationale et
celles de l'Université.
En 1838, l'abbé Henri Lacordaire annonça son intention de
rétablir en France l'Ordre des frères Prêcheurs et,
l'année suivante, prenait à Rome l'habit de S. Dominique.
Sa première fondation fut le couvent de Nancy, pour la raison que
l'ancien curé de la cathédrale léguait sa bibliothèque
de 12.000 volumes à l'Ordre renouvelé. Ce fait est hautement
significatif de l'importance attachée aux bibliothèques dans
les couvents dominicains. Le couvent d'études de la Province de France
fut installé à Flavigny-sur-Ozerain en Côte d'Or en
1865, où il restera jusqu'en 1880. La bibliothèque put alors
s'augmenter régulièrement.
À partir de 1880, de nouveaux troubles allaient commencer. Le gouvernement
français ayant décidé l'expulsion des religieux, les
frères se résignèrent à l'exil, les uns en Espagne,
les autres en Autriche, emportant avec eux ce qu'ils pouvaient de leurs
livres. Cet état de fait dura jusqu'en 1895, date à laquelle
les frères furent autorisés à se réinstaller
au couvent de Flavigny. Dans l'intervalle, la bibliothèque ne s'était
évidemment pas développée.
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Ce retour ne devait être que provisoire, car une loi du 1er
juillet 1901 supprimait de nouveau en France les congrégations religieuses.
Les expulsions eurent lieu en 1903, et le couvent d'études dût
se réfugier en Belgique dans une ancienne abbaye cistercienne, appelée
" Le Saulchoir " (lieu planté de saules). Les livres y
furent donc transportés, et depuis ce moment, l'accroissement des
fonds fut régulier. En 1907, les professeurs du couvent d'études
décidèrent de fonder la Revue des Sciences philosophiques
et théologiques, revue trimestrielle qui comprenait deux sections
: des articles et des bulletins ou recensions de livres et de revues. Ces
livres et revues devaient revenir intégralement à la bibliothèque
pour être mis à la disposition des professeurs et des étudiants.
Naturellement ce réglement favorisait l'accroissement rapide des
collections. Peu après, en 1924, un autre périodique fut fondé,
le Bulletin thomiste, qui analysait les publications relatives à
la théologie thomiste. Lui aussi devait enrichir la bibliothèque
dans un secteur particulièrement sensible. En 1927, la collection
des livres personnnels du Père Pierre Mandonnet, professeur à
l'Université de Fribourg en Suisse, passa à la bibliothèque
du Saulchoir, c'était un fonds de grande qualité pour l'histoire
de l'Église et les livres rares. En 1937, parut un ouvrage du Père
Marie-Dominique Chenu, intitulé " Le Saulchoir, une école
de théologie ". Comme son titre l'indique, c'était la
proposition d'un programme d'études pour les sciences théologiques,
qui intégrait à la réflexion dogmatique les acquis
de l'exégèse, de l'histoire, de la sociologie, des sciences
exactes, auxquelles s'ajoutera bientôt la psychanalyse. En 1939, le
retour en France put avoir lieu, et Le Sauchoir vint à Étiolles,
près d'Évry, où la bibliothèque fut installée.
On pouvait alors l'évaluer à 65.000 volumes.
À partir de ce moment-là, malgré la guerre, les études
dominicaines et la bibliothèque qui en était l'instrument,
connaîtront une certaine stabiblité et un développement
soutenu. Sous la direction du Père André Duval, bibliothécaire
de 1943 à 1962, la bibliothèque du Saulchoir mieux organisée,
est non seulement réservée aux frères du couvent, mais
ouverte aux lecteurs de l'extérieur. La recherche active et les publications
nombreuses dans les sciences théologiques et philosophiques contribuent
énormément à la qualification des diverses sections
des collections de livres. Entre autres, on travaillait à la préparation
du concile Vatican II. En 1963, ces activités amenèrent à
la fondation d'une Association des Amis de la Bibliothèque du Saulchoir
dont le premier président a été Jean Porcher, conservateur
en chef à la Bibliothèque Nationale. Cette association apporte
un soutien moral et financier à la bibliothèque.
Les retombées de mai 68 touchèrent cruellement les dominicains
français qui durent se résoudre à quitter le couvent
d'Étiolles et à se replier sur Paris dans le périmètre
du couvent Saint-Jacques. La bibliothèque du Saulchoir y fut installée
dans des locaux spécialement aménagés, comportant en
particulier une salle de lecture qui fut ouverte au public en 1974. Elle
reçoit maintenant un nombre important d'étudiants des diverses
universités parisiennes. Elle figure en bonne place dans l'équipement
culturel du XIIIe arrondissement de Paris.
La bibliothèque du Sauchoir a 150 ans d'âge. Elle est principalement
constituée par les acquisitions des frères dominicains en
vue de leur enseignement, de leurs recherches et de leurs publications.
La diversité de ses fonds continue de s'accroître en fonction
des besoins de ses nouveaux lecteurs. On peut estimer qu'aujourd'hui ses
magasins renferment environ 250.000 livres et un petit millier de périodiques.
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